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Meeting de l'air sur la base de Saint-Dizier

Benoît Denet - Octobre 2017



 La base 113 de Saint-Dizier organisait ces 1 et 2 juillet un meeting international. Malheureusement, la météo n'était pas de la partie. Le samedi, jour de ma visite, la bruine et les nuages bas occupaient le ciel du département de Haute Marne. Le programme était pourtant alléchant. Au vu des prévisions, la veille j'ai longtemps hésité avant de me mettre en route, mais j'avais la motivation de revoir une région que j'ai bien connue il y a quelques années.

Un petit historique de la base :

Avant d'en venir au programme du show, passons en revue l'histoire riche de cette base accueillant, depuis 2014, la 4ème Escadre de chasse.
C'est en août 1910 que le premier avion se pose à Saint-Dizier, c'est l'époque des semaines de l'aviation, encore balbutiante, de Champagne à Reims. C'est une association d'habitants de la ville qui est à l'initiative de la construction d'un terrain d'aviation. Celui-ci voit le jour en août 1913. En 1939, l'aviation militaire reprend possession des lieux et divers groupes de chasse et de reconnaissance s'y succèdent. Les Allemands occuperont à leurs tours la base jusqu'en août 1944.
C'est en 1949 que la base prend réellement forme et devient la base 113. La dissuasion nucléaire est à partir de 1965 l'une des tâches de la base. Pour ce faire, on créera l'escadron 02.094 "Marnes" équipé de six Mirage IVA. Ils assureront ce job jusqu'en 1988 et quelques-uns de ces fabuleux avions sont encore parqués sur la base.
Un autre appareil qui aura marqué Saint-Dizier est bien entendu le Jaguar. La 7ème Escadre de chasse qui fut la première équipée de cet appareil, s'y installe en 1973. Ce n'est qu'en 2005 que le vénérable chasseur bombardier tirera sa révérence. On comptera près de 1700 pilotes formés sur Jaguar depuis la base 113.

C'est en 2006 que les Rafale débarquent au sein de l'Escadre de chasse 01.007 "Provence", première unité de chasse conventionnelle de l'armée de l'air équipée du fleuron de Dassault.

Les missions :

Elles sont de trois types : Protection, dissuasion et intervention immédiate.

 La protection ou "police de l'air" est assurée 365 jours par an, 24h/24, par les Rafale et par un détachement d'hélicoptères venu de l'escadron 03.067 "Parisis". La base remplit également le rôle de défense sol-air de points sensibles désignés par le Commandant de la Défense Aérienne avec des systèmes Crotale et Mamba.

 La dissuasion aéroportée est en place depuis 1964. Actuellement, c'est un couple Rafale / missile ASMP-A qui est chargé au sein de l'EC 01.004 "Gascogne" de ce travail. L'escadron "Gascogne" est l'héritier des traditions de bombardement stratégique. Il était alors basé à Mont-de-Marsan et équipé de Mirage IV. De nos jours, c'est l'un des deux escadron qui assure cette mission avec le missile ASMP-A. Néanmoins, il participe également aux autres missions 'classiques' du Rafale.

 L'intervention immédiate, à travers son Escadron de Soutien Technique Aéronautique (ESTA), a un rôle important au sein de la base 113. Avec les interventions en Lybie ou encore au Mali, la base a montré cette capacité de combat réactif. L'ESTA regroupe les personnels mécaniciens spécialisés dans la mise en œuvre et l'entretien de la flotte des Rafale de Saint-Dizier. Le personnel est déployé en exercice et en opération avec le personnel des escadrons de chasse et travaille au profit direct des EC 01.004 et de l'Escadron de Transformation Rafale (ETR) 03.004. L'ETR, parlons-en, ce centre d'expertise du Rafale permet l'entrainement des équipages sur cette nouvelle machine. L'ETR 03.004 travaille aussi sur la standardisation de l'utilisation de l'appareil, l'étude des nouvelles tactiques, l'analyse et la validation des concepts, mais aussi le soutien à l'export et la présentation technique lors des salons aéronautiques.

Le meeting :

L'accès aux abords de la base était bien organisé. Par contre, les fouilles complètes des véhicules et des sacs rendaient l'entrée compliquée. Une fois dans le statique, on était bien sur une base française. Proche de la tour de contrôle, la zone statique était compacte et tous les appareils présents étaient flanqués de barrières Nadar du plus moche effet pour les photographes…
Pour le reste, une fois arrivé au stand de presse, on m'informe que très peu voir qu'aucune des démonstrations n'auront lieu, le plafond des nuages étant trop bas. Je prends la décision de rester jusqu'au début de l'après-midi d'autant que les responsables média, bien ennuyés, font tout pour nous organiser un maximum de rencontres et d'interviews avec les pilotes présents. J'ai l'occasion de m'entretenir avec le pilote démo suisse du F-18 qui m’assure qu’il ne volera pas aujourd'hui. Ça commence bien… Heureusement, la patrouille de France et le pilote démo "local" du Rafale sont plus nuancés.

  La rencontre avec la nouvelle patrouille des "Couteaux Delta" fut des plus enrichissantes.
L'équipage "équipier" numéro 2 de la formation est constitué de "San" le pilote et de "Alex" le navigateur, ils nous parlent de leur show: Nous avons tous environ 2300-2400 heures de vol et de nombreuses missions de combat. Comme pilote, j'ai 110 missions de guerre et Alex est celui qui en a le plus dans la patrouille avec 235, réparties en Afghanistan, Lybie, Mali, Syrie, Irak. Pour revenir à la patrouille des Couteaux Delta, avec l'arrêt l'année dernière de la patrouille des Ramex, nous nous sommes proposé de reprendre le flambeau. Toutes les escadres ont été sollicitées pour cela et nous avons été choisis. Pour les équipages, cela s'est passé sur base de volontariat.
Quel est le but d'une telle patrouille ? Il y a plusieurs vocations: d’abord montrer les savoirs faire de l'armée de l'air. Ensuite, c'est un hommage aux gars qui sont au combat actuellement et enfin, c'est un vecteur de recrutement. La contrainte de timing a fait que l'on a repris une démonstration très proche de celle des Ramex qui était très belle et plaisait énormément. Elle était aussi validée par beaucoup de commissions de sécurité. Avec du temps pour l'entrainement, il est possible qu'elle évolue dans le futur. Pour la préparation, l'équipage "leader" est parti à Istres pour pratiquer la démo des Ramex car c'est un vol différent d'un vol de guerre. Nous nous sommes revus tous ensemble à Nancy pour bien préparer la patrouille et voir les procédures aussi bien vol qu'au sol. Avec l'aide de l'ancienne équipe et des mécaniciens, on a ensuite monté tout cela. Cela a pris plusieurs mois et une vingtaine de vols avant de passer devant la commission de validation.
Y a-t-il eu des difficultés ? Toutes les manœuvres de base, nous les connaissons. Par contre les travailler dans des évolutions aussi serrées et proches, ça c'est quelque chose qu'on a vraiment découvert. On a essayé de reproduire ce que faisaient les Ramex, avec des choses qui fonctionnaient et d'autres pas. On a dû s'adapter pour évoluer en sécurité tout en faisant une présentation esthétique et c'est là qu'on a eu des difficultés. Nous pouvions bien sûr contacter les Ramex et ils nous confortaient car ils avaient eu les mêmes difficultés en nous donnant des solutions.
Quelle est la mission du navigateur lors d'une telle présentation ? Il a déjà un recul sur la patrouille. Il a un peu le même rôle qu'un copilote en rallye automobile en annonçant la prochaine figure et j'informe San des vitesses. J'ai aussi, en tant que navigateur de l'avion numéro 2, la mission de bien indiquer la position de notre avion par rapport au leader pour que tout soit identique d'une présentation à l'autre par rapport au public. San ne quitte jamais le leader des yeux alors que je me concentre sur une vue d'ensemble basée sur la sécurité et l'esthétique. Nous ferons normalement huit airs shows cette année plus quelques présentations propres à l'armée de l'air pour des anniversaires d'unités. Nous espérons passer à dix ou douze shows l'année prochaine.

 Les interviews terminées, j'apprends que les "Couteaux Delta" ne voleront qu'avec un seul appareil et qu'il n'y aura que peu de présentations l'après-midi si la météo s'arrange un peu. Je décide malgré tout de rester et je ne serai pas déçu! En effet, après le décollage d'un Mirage 2000 5F biplace pour quelques figures, c'est au tour d'un Rafale de faire quelques passages. Le Mirage 2000-5F décoré en hommage à Guynemer et baptisé le 'Vieux Charles' se présente alors pour  une présentation très basse altitude. Divers appareils légers, du type Dynaéro CR100 entre autres, s'élanceront par la suite pour quelques présentations sous la pluie. Le Super Puma fera un double show toute en finesse avec beaucoup de doigté.

     


 Malheureusement, tous les warbirds resteront cloués au sol ainsi que certains des avions de combat n'ayant pas leurs minimas. La patrouille de France fera décoller quatre avions pour une présentation basse visibilité mais ceux-ci seront très vite de retour au sol sous la pluie qui redouble. Le public et les officiels semblent découragés…
 Néanmoins, le show se poursuit après un arrêt de la pluie par la démonstration des "Couteaux Delta" et surprise, ils volent à deux avions. Après un décollage tout en puissance, les figures s'enchainent avec des grands halos d'humidité autour des appareils. Le spectacle est au rendez-vous et se fait à une altitude extrêmement basse pour une assistance conquise. Ils n'ont pas grand-chose à envier aux "Ramex". C'est du grand pilotage avec cette très faible visibilité.

   

Peut-être inspiré par ses collègues, c'est un Alpha Jet de l'armée de l'air qui s'élance pour une belle démonstration devenue rare pour ce type d'avion. Ensuite, sans doute l'un des clous du meeting, l'Eurofighter espagnol nous gratifia d'un show aux ras des pâquerettes mélangeant le dynamisme et les passages tout en souplesse.

           


Pour terminer cette trop courte journée "aéronautique", le Capitaine Jean-Guillaume Martinez nous offre une très énergique et impressionnante démonstration du Rafale. N'oublions pas que c'est l'appareil "maison" pour la base de Saint-Dizier. L'ancien pilote de Mirage 2000N de Luxeuil est présentateur officiel de l'Armée de l'Air pour cette machine depuis 2016. On se rappellera volontiers ses vols lors du dernier Salon Aéronautique du Bourget nous démontrant un vrai savoir-faire.

       




Je tiens ici à tout particulièrement remercier le Capitaine Lutz ainsi que son équipe pour leur aide et leur dévouement pour les médias avec cette météo décevante.